Article 001 : Le souvenir du potiron, et le bol chrysanthème d'Arita


1. S'amenuiser


Une portion de potiron mijoté, à la peau verte et brillante, est servie dans un bol en porcelaine en forme de chrysanthème.

Il y a un instant précis, chaque année, où l'été cesse d'être une rumeur pour devenir un silence.

Les cigales — qui depuis des semaines avaient transformé l'orme du jardin en instrument de torture sonore, en tambour ininterrompu logé contre mes tympans — se taisent, par à-coups d'abord, puis tout à fait.

Et c'est étrange : ce silence que j'avais tant désiré me laisse un creux. On voudrait croire qu'on est délivré ; on découvre qu'on est seul.

Je m'en veux un peu de cette inconséquence.

Mais l'appétit, lui, ne s'embarrasse pas de cohérence : à mesure que la saison se retire, le mien revient, tenace, presque joyeux.

Et c'est précisément à ce moment que le potiron — celui que j'ai cueilli des semaines plus tôt et laissé mûrir à l'ombre, patient comme une promesse tenue — atteint son point de perfection.


2. Le cordon tressé

Le tenir dans les mains, ce potiron lourd et plein, ouvre en moi une porte que je n'avais pas cherchée. J'y retrouve, sans l'avoir convoqué, un été d'enfance où je négligeais sans vergogne corvées et devoirs pour courir dehors jusqu'à l'épuisement.

Et puis ce souvenir en appelle un autre, plus précis encore : le retour au pays natal, la cuisine de ma mère — non pas son image, mais ses bruits : le couteau sur la planche, l'eau qui frémit, le miso qui infuse l'air d'une odeur ronde et rassurante.

J'ai gardé de cette époque une habitude dont je ne me suis jamais défait : nouer ensemble, comme on tresse un cordon, le son, le goût et l'odeur d'une même chose. Ce nouage est encore, aujourd'hui, ma manière d'habiter le monde.

Ce dont je veux parler ici n'est pas la soupe au miso, mais ce qui partage avec elle une racine commune dans ma mémoire : un plat mijoté de potiron, simple en apparence, infiniment chargé en réalité.


3. La balance

Choisir un potiron, au marché, n'a jamais été pour moi affaire de hasard. Je commence par une impression d'ensemble — les marques, l'éclat de la peau, la silhouette générale — avant de me fier, un à un, à mes sens.

L'œil d'abord, pour la couleur et le lustre.

L'oreille ensuite : je frappe doucement du bout des doigts et j'écoute, tandis que mes doigts eux-mêmes recueillent une autre information, plus tactile — la résistance, le rebond léger sous la pression.

Vient alors l'odorat : je soulève le fruit et respire, près du pédoncule, cette odeur ténue qui ne ment presque jamais.

Enfin, je passe la main sur toute la surface, comme pour demander au fruit lui-même s'il a vraiment envie d'être mangé.

Et malgré ce rituel scrupuleux — il faut bien l'avouer, avec une pointe d'ironie — je me trompe plus souvent qu'à mon tour.


4. Se raviser

Quand la chair, une fois coupée, se révèle dense et parfumée d'un sucre discret, je m'interdis tout artifice : pas d'assaisonnement superflu, seulement l'eau, et le temps.

Cette cuisson nue est devenue, au fil des années, un instrument de calibrage pour mes propres sens — je compare ce que j'avais cru deviner à l'achat avec ce que la cuisson finit par révéler, et j'ajuste, sans relâche, mon instinct.

À l'approche de la fin, la cuisine entière se love dans un parfum de châtaigne grillée, doux et capiteux.

C'est alors, je dois le confesser, que la sagesse populaire — laisser refroidir avant de servir — se heurte à mon impatience : baguettes en main, je goûte le potiron brûlant, sans attendre.


5. Les saveurs en couches

Il existe, dans nos assiettes, deux potirons qui ne se ressemblent pas.

Le potiron japonais, que mon épouse et moi consommons le plus volontiers, déploie une douceur discrète et progressive, une texture lisse, presque soyeuse, qui semble fondre avant même d'avoir été mâchée.

Le potiron occidental — toutes ces variétés dites « kabocha squash » dans leur acception large — appelle un tout autre traitement : tranché fin, doré au four, généreusement arrosé d'huile d'olive, il offre une fermeté plus franche, une douceur plus affirmée, qui n'est pas sans rappeler la patate douce ou la carotte rôtie.

Quand, dans la marmite, la quantité de potiron a diminué de moitié, nous y glissons curry et épices, et le plat change de nature sans perdre son âme.


Potiron cuite au four jusqu’à ce qu’elle soit dorée.


6. Le chapeau de paille

L'entretien du potager, l'été, est une discipline qui se paie au prix du corps : des heures penché, le dos courbé, les genoux résistant mal à la position prolongée.

Et pourtant, la récolte demeure l'un de mes plaisirs les plus sûrs.

Même fourbus par la canicule, mon épouse et moi trouvons, dans ces légumes d'été cultivés en pleine terre — oignons, concombres, potirons — une grâce particulière : ils demandent peu de cuisson, et se prêtent, presque naturellement, à une présentation soignée.


Potiron rôti au four jusqu’à ce qu’il soit parfumé, servi avec de jeunes pousses de radis vert.


7. Le bol chrysanthème

Ce plat mijoté, je le sers toujours dans le même bol : un bol chrysanthème en porcelaine d'Arita.

Au toucher

Ce bol m'accompagne au quotidien. Son pied, dont la hauteur semble avoir été pensée avec un soin particulier par Fukagawa, lui confère un équilibre que je ne retrouve dans aucune autre pièce de ma vaisselle : pris à deux mains, il trouve immédiatement sa juste mesure.

Sa surface n'a pas cette froideur polie du métal ; elle se laisse approcher, elle épouse la paume.

Sa bouche, large et juste, accueille sans mal une portion généreuse, sans jamais perdre cette stabilité visuelle qui rassure l'œil avant même le palais.

Et son bord, suffisamment épais, me permet de l'empiler sans crainte parmi les autres bols, au moment de la vaisselle.


8. En guise de conclusion

  • 「うりとうみ ふりさけみれば とおきはは」

  • [Ouri to oumi, fourissaké miréba, tôki haha]

  • Houille Ton Ouïe, Fruit Sable Quai Myrrhe Bas, Tôt Quiétude Ah.

  • Un horizon d’argile, où l’azur s’abreuve.


Liens connexes

Bol chrysanthème en porcelaine d'Arita

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Sources et références

Les sources consultées pour cet article sont les suivantes : 料 01, 料 02, 料 05, 器 01, 器 02, 工 01, 暦 01.
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Fin de l'article

Puisse cet article apporter à votre table une petite découverte, et un peu de cette nostalgie tranquille qui ne demande qu'à être partagée.